Il fallait toujours obéir aux ordres très stricts. Le soir du réveillon, nous allions à la messe de minuit, après cette messe nous avions droit à une orange,et à un bol de café au lait, puis nous devions aller au lit, toujours en silence. Le lendemain matin à nouveaux la messe. Il fallait être à jeun, dans une église très peu chauffée, c'est à cause de ça que beaucoup d'entre nous, étions malades. Nous avions très froid et, l'estomac vide, nous commencions à devenir très pâles, et nous étions souvent prises de malaises, et nous tombions en hypothermie. Je faisais partir de ces enfants fragiles. On nous mettait au lit, en attendant que cela passe, et c'était souvent que cet état de fait se produisait. Les s½urs étaient insensibles à cela.
Enfin maman venait me voir de plus en plus souvent, et pour me porter des friandises. Quelle joie de la revoir. Elle me parlait souvent d'un Monsieur, mais je ne comprenais pas très bien ce qu'elle voulait me dire, j'étais trop petite, et aussi n'a-t-elle pas trop insisté non plus. Quand elle m'a quittée, je pleurais les s½urs me disaient :
- «pourquoi pleures-tu ?»
Je répondais:
- «je veux ma maman»
elles me répondaient:
- «tu sais très bien que, si ta maman t'a placée ici, c'est qu'elle ne peut pas s'occuper de toi ?»
Allez faire comprendre à une petite fille, que sa maman ne peut pas la garder. A cette époque là, on ne parlait pas aux enfants, comme on le fait maintenant. On ne leurs expliquait rien, tandis qu'aujourd'hui c'est différent, on leurs parles dès qu'ils sont nées. C'est pour ça qu'ils sont plus éveillés, de plus vivant en communauté et avec des personnes étrangères à la famille, ici c'était l'horreur.
J'attendais patiemment la venue de ma maman. Les jours passaient, et elle me manquait vraiment beaucoup, c'était certain.
En 1945, j'avais dix ans un jour, une s½ur me dit :
Un monsieur demande après toi et voudrait te parler, en me désignant un homme qui ce trouvait dans une pièce voisine faisant fonction de parloir.
Il s'avançait doucement, et se penchait vers moi et me dit:
- «je suis ton parrain !.. Un frère à ta maman, Je m'appelle René»
Il me disait, qu'il revenait de la guerre, Il y avait une s½ur avec moi pourquoi ? Je pense, qu'elle lui faisait les yeux doux, il faut reconnaître, que c'était un beau garçon, et je doute que cette s½ur soit restée dans les ordres. Il était grand, brun et les cheveux ondulés, tout comme l'était ma Maman. Il me disait, qu'il me portait des gâteaux secs de l'armée, que je partageais, plus tard avec mes camarades. Ils étaient bons, mais très gros et très durs, il y en avait un plein sac.
Mon parrain est venu me voir une ou deux fois, puis il n'est plus jamais plus revenu. Avait-il d'autres occupations dans sa vie ? A l'époque, il n'était pas marié, j'apprendrai beaucoup plus tard, par mes parents, le genre de personnage qu'il était.
Un jour que maman venait me voir, je lui disais que son frère René, qui était mon parrain, était venu. Elle n'avait rien dit du personnage lui même, à ce moment là. Mais je comprenais qu'elle n'appréciait pas trop cette visite. Elle me reparlait souvent d'un monsieur qu'elle avait connu, mais elle n'osait pas trop s'étendre sur le sujet, un peu comme si elle voulait se justifier de quelque chose.
je lui demandais :
-«Qui était ce monsieur, dont tu me parles souvent maman? ».
Elle me dit:
-«Ce monsieur s'appelle Jean»
Elle m'expliquait, qu'elle avait l'intention de refaire sa vie, et qu'elle envisageait de vivre avec lui, et qu'elle me prendrait peut-être avec elle un jour, dès qu'elle le pourrait. J'étais toute heureuse à cette idée, et j'attendais avec une grande impatience ce jour, où j'allais peut-être enfin avoir, une vraie famille.
Le soir avant de m'endormir, je réfléchissais à ce que maman m'avait dit, durant cette visite. Je savais maintenant que je n'avais plus mon véritable Papa, et qu'il était décédé. Je pensais qu'à ce monsieur, qui s'appelait Jean, et qui pourrait peut-être, me redonner un peu d'affection, celle d'un père qui me manquait vraiment.
Quand maman est revenue me voir, je l'interrogeais à nouveau, avec quelques questions sur ce monsieur Jean, je lui demandais de me décrire cet homme, qui avait su la transformer au point de la voir vraiment heureuse maintenant. Elle me disait, qu'il était très gentil, et qu'il ne demandait qu'à me connaître. Je ne sais pas si maman en avait parlé aux s½urs, sûrement !... Mais à partir de ce moment là, elles filtraient toutes les visites, et elles n'ont jamais voulu, que ce monsieur Jean vienne me voir, à croire qu'il était le diable en personne. Elles ne lui autorisaient même pas, de mettre les pieds dans cette communauté, et la plus forte raison, de passer une journée avec moi. Elles étaient vraiment très dures, et pourtant ce monsieur Jean, allait devenir mon père adoptif. C'était un homme comme il faut, c'était un brave homme.